Invisible More Visible More Invisible #3

2013
Exhibitions

Marco Godinho – Invisible More Visible More Invisible #3

Faux Mouvement – Centre d'art contemporain
01.03.2013 – 05.05.2013

Curator(s): Didier Damiani, Kevin Muhlen, Maryse Jeanguyot

Pour la troisième – et dernière – fois, après une première étape au Neuer Kunstverein Aschaffenburg et une seconde au Casino Luxembourg – Forum d’art contemporain, Marco Godinho investit les espaces du centre d’art Faux Mouvement, toujours sous le même titre Invisible More Visible More Invisible. Cette exposition nomade n’a comme point commun entre ses trois présentations que le titre ; un « faux » palindrome au rythme de va-et-vient jouant sur deux extrêmes, le visible et l’invisible, ce que l’artiste souhaite montrer et mettre en évidence au regard du public et ce qui reste de l’ordre de l’évocation ou entièrement dissimulé.
 
Ainsi l’exposition se redéfinit à chaque fois, à l’image du lieu qu’elle occupe et des liens qui s’y feront. Le travail in-situ, en relation directe avec les espaces d’exposition, y joue un rôle important dans la définition du propos développé par l’artiste au travers des œuvres choisies. Dans son déplacement l’exposition – ou l’œuvre – se transforme, certaines laissant place à d’autres au sein d’un corpus volatil qui compose les expositions Invisible More Visible More Invisible. Les œuvres absentes toutefois ne sont jamais loin, car intrinsèquement liées aux concepts récurrents dans le travail de Marco Godinho.
 
Après avoir exploré les méandres labyrinthiques au NKV Aschaffenburg, la connaissance et la perception au Casino Luxembourg, c’est autour du voyage et du déplacement que Marco Godinho formule Invisible More Visible More Invisible à Faux Mouvement. Les salles sont délibérément laissées presque vides afin de permettre une déambulation libre au public et une mise en relation avec l’espace. L’occasion pour Marco Godinho de provoquer une errance dans une exposition quasiment dématérialisée et se réduisant à une poignée d’œuvres.
 
Dès l’entrée une empreinte circulaire avec les mots Forever Immigrant interpelle. Tamponnés à même le mur l’empreinte se répète – à l’infini, ou presque – sur la totalité des murs du centre d’art pour former un nuage mouvant qui traverse et enveloppe l’espace. L’artiste prend ainsi pleinement possession du lieu, le regard ne pouvant échapper à cette répétition obstinée qui suit le visiteur tout au long de son parcours. À l’image du passeport criblé de tampons d’immigration, l’intervention évoque le voyage mais aussi l’incertitude qui accompagne chaque nouvelle rencontre avec un monde « étranger ». Ces deux mots soulignent la non-appartenance à un territoire. C’est un statut que Marco Godinho aime se donner et affirmer – à plusieurs milliers de coups de tampon – preuve de sa volonté à préserver une curiosité et une soif de découverte envers le monde dans lequel il évolue. Artiste en mouvement perpétuel, il se garde de la sédentarisation, lui préférant l’immigration permanente. L’antinomie implicite des ces deux mots n’est certes pas anodine. Apportés directement au mur, cette question de permanence prend tout son sens : l’œuvre n’existe que le temps de l’exposition et disparaît ensuite avant de se réinstaller à un autre moment dans un autre contexte.
 
Au centre de l’espace d’exposition un plaque métallique porte l’inscription In girum imus nocte et consumimur igni (lat. Nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes dévorés par le feu). Ce célèbre palindrome aux origines peu connues évoque l’errance sans fin déjà abordée par Marco Godinho dans le titre de son exposition, mais aussi l’idée apparition et de disparition, lui ajoutant ici une dimension plus vaste. La phrase n’ayant pas de réelle attribution ou de signification précise, elle reste de l’ordre universel et englobe ainsi plusieurs principes potentiels. L’inscription est tenue aux deux bouts par une sangle de sécurité en nylon qui s’enroule – sans fin – autour de deux piliers en béton. À l’intérieur se forme un nouvel espace, réduit et inaccessible, du moins non sans un certain effort. L’espace est protecteur, des regards et de la foule et place la personne qui s’y ose dans un territoire intime et indéfini. À l’intérieur au mur, la présence d’une montre au cadran modifié et dont les aiguilles tournent toutes au rythme des secondes confère une dimension atemporelle à cet espace semi-clos.
 
Tout au long du parcours l’artiste a placé au sol des piles de papier DinA4. Sur ces feuilles on peut lire des phrases manuscrites qui sèment le doute sur l’existence et la réalité des choses. Chaque phrase se termine avec l’affirmation (…) is not real. À force de répéter cette non-réalité le doute et les questionnements s’installent, une nouvelle chose – du papier que nous tenons entre nos mains jusqu’à l’univers – étant remise en question avec chaque avancée dans l’exposition.
 
Something White documente une expérience vécue par l’artiste lors d’une promenade en Norvège avec l’écrivain Tomas Espedal en 2008. S’approchant d’une ouverture dans la roche, les deux hommes y pénètrent. Le pas se fait lent, l’hésitation s’installe et une nervosité colore le ton de leurs voix avec chaque avancée. Au bout l’obscurité totale, ensuite la lumière. Ils durent s’engouffrer dans le « noir » pour retrouver le jour. Une simple déambulation dans la nature devint ainsi une expérience documentée par une caméra constamment présente, comme un réflexe de l’artiste à garder une trace de cette traversée inattendue.
 
Un geste aura marqué les expositions Invisible More Visible More Invisible : l’appropriation de la façade du lieu d’accueil par l’artiste. Comme pour signaler sa présence, il remplace le numéro de maison par un symbole infini. Son domicile porte exactement le même signe, un 8 placé à l’horizontale : The Infinite House (House Number). Par ce geste Marco Godinho s’installe, tel un nomade, pour quelques semaines dans un lieu étranger.

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